Par Emmanuel TUGNY

Nous serions “en colère”, “irascibles”, “protestataires”, “négatifs” ?

Oui, nous constatons l’accroissement quotidien de l’injustice, de la misère, de la distance prise par les institutions démocratiques représentatives vis-à-vis de ceux qu’elles ont la mission républicaine de servir.

Oui, nous constatons une rupture du pacte républicain qui garantit organiquement liberté, égalité, fraternité aux citoyens, protection aux plus fragiles d’entre eux.

Oui, nous constatons que cette rupture du pacte républicain se traduit par l’affaiblissement des faibles, le renforcement des forts et une condamnation croissante de leur quotidien environnemental commun.

Oui, nous constatons que l’injustice organisée et l’abandon du service rendu par la république aux citoyens est cause de leur colère et cette colère nous met en colère parce que nous croyons, au-delà de tout, à la justice collective, parce qu’au constat de la juste colère des faibles, nous sommes bouleversés en le coeur et la raison.

Mais non, nous ne nous bornons pas à cette colère car l’on travaille peu et mal lorsque l’on est en colère.

Nous ne sommes pas en colère lorsque nous travaillons d’arrache-pied, d’arrache-coeur, en fraternité, depuis une méthode qui inclut l’expertise politique et démocratique de tous, à donner au sentiment d’injustice une voix et une voie apaisées, responsables, scrupuleuses, respectueuses.

Oui, nous sommes en colère “et même un peu farouches”, comme l’écrivait Racine, parce que le goût d’autrui, le sentiment de sa souffrance objective ne saurait susciter que de la colère, au profond d’une âme sensible à autrui.

Mais nous tirons de cette colère l’expérience collective d’un dépassement de la colère dans la formulation pratique d’une espérance.

De notre colère, en somme, nous tirons une espérance.

Nous sommes une colère surmontée, transcendée par l’espérance active en un devenir collectif heureux et juste, heureux parce que juste.